Itinérance, avril 2008
L'Oural : une région aux richesses naturelles inouïes…
Frontière naturelle entre l'Europe et l'Asie, la chaîne de l'Oural s'étire sur 2400 kms, de l'Océan Arctique aux steppes du Kazakhstan. Elle culmine à 1895 m, ce qui est relativement haut vu son âge canonique, puisque c'est l'une des plus anciennes chaînes de montagnes du monde (250 à 300 millions d'années avant notre ère). Son sol recèle toutes sortes de trésors inouïs: or, platine, argent, topazes et autres pierres dures, mais aussi charbon, fer, chrome, bauxite, nickel... Tant de richesses ne pouvaient passer longtemps inaperçues ! Pierre le Grand, au début du XVIIIè siècle, lança une entreprise de colonisation de la région, qui a subi une industrialisation intensive dès cette époque (mines et métallurgie), puis de nouveau pendant la Seconde Guerre mondiale où furent développés dans l'Oural des centres de production d'armement, qui pouvaient rester plus facilement secrets à cause de l’éloignement.
Au pied de l'Oural, à 1400 km à l'est de Moscou, Perm est l'un des plus grands centres industriels de la Russie, la dernière étape européenne sur la voie du Transsibérien. La cité est riche d'une intense vie culturelle et universitaire et semble avoir oublié son passé très douloureux. A l'époque soviétique, rebaptisée Molotov, du nom du ministre des affaires étrangères de Staline, la ville était une véritable forteresse, complètement fermée aux étrangers pour qu'aucune information ne soit divulguée sur son énorme complexe militaro-industriel. Dans sa folie, Staline avait fait « effacer » cette ville d'un million d'habitants des cartes de l'époque, les Russes qui n'habitaient pas l'Oural ignorant son existence. Par ailleurs les Soviétiques avaient créé à 100 km au nord de Perm l'un des camps les plus durs du Goulag, connu sous le nom de Perm-36. Avec la fin de la Guerre froide, Perm est sortie de son isolement et la prison de Perm-36 ferma en 1987. Elle est aujourd'hui le musée qui perpétue en Russie le souvenir des victimes du Goulag.

Vue de la ville de Berezniki
Comme Perm, Berezniki s'est construite au bord de la rivière Kama, la quatrième plus longue rivière d'Europe (1800 km) et principal affluent de la Volga. Au niveau de Berezniki, la Kama se perd dans un lac. Créée en 1932, la ville de Berezniki est l’un des plus grands centres d'industrie chimique et d'équipement électrique de Russie. La matière première est extraite des mines qui entourent la ville : sels de potassium, carbonates de sodium. En outre, pendant la dernière guerre a été construite une grande usine de transformation du titane, matériau qui sert à construire des avions. Les mines surexploitées provoquent l’effondrement du sol dans la ville et aux alentours. En 2007, un énorme trou s'est formé dans une mine de potasse, près de l’usine de titane. Il n’y a pas eu de mort mais la zone a été évacuée et les habitants relogés sur l’autre rive de la Kama. Ce danger est en partie cause de la fuite des habitants, puisque la population de la ville diminue, passée de 267 000 en 1995 à environ 150 000 actuellement.
