Itinérance dans l'Oural, avril 2008
Tamara, Victoria, Tatiana : trois membres du groupe Mosaïques d’Invitation à la vie à Berezniki nous racontent leur quotidien, leurs joies, leurs difficultés et leurs espoirs dans ce lieu isolé de Russie dont les habitants se sentent parfois si oubliés, si loin du monde.
Tamara
Mes vingt premières années, je les ai passées dans un village d'une région autrefois complètement autonome, qui a sa propre langue, sa propre culture, et qui a été intégrée dans la province de Perm il y a un an seulement. Je ne suis donc pas Russe mais de nationalité komi-permiak : mon peuple est originaire de Finlande, et il a progressé autrefois vers l'Est. Il s’est installé dans le bassin de la Kama bien avant les Russes !
Après mes études pour devenir enseignante, je me suis installée à Berezniki pour travailler. J'y réside depuis 32 ans. J'ai commencé à exercer mon métier dans une maternelle et ensuite avec des enfants de 7 à 10 ans. Mais le métier de professeur est tellement mal payé en Russie que je ne m'en sortais pas financièrement. Alors j'ai décidé d'aller travailler à la mine de potasse. 15 000 personnes travaillent dans les mines à Berezniki. C'est surtout difficile car on voit rarement le jour : quand on sort de la mine, la plupart du temps le soleil est couché. Après huit ans passés dans la mine pour les femmes, dix ans pour les hommes, on reçoit une petite retraite (4500 roubles par mois : 120 €). Comme cela ne suffit pas pour vivre, après la mine j’ai pris un travail dans une grande entreprise agro-alimentaire. J’y suis restée douze ans et j’y ai rencontré mon deuxième mari ! Mais l'entreprise a fait une faillite frauduleuse et tous les employés ont été licenciés. Maintenant je garde une petite fille. Mon mari, lui, travaille à la mine, ainsi que ma fille de 21 ans, que j'ai eue d'un premier mariage. J'ai également un fils de mon premier mariage, qui a maintenant 29 ans. J'ai la chance de vivre dans un appartement que j'aime beaucoup, avec mon mari et ma fille. Elle aimerait bien partir de Berezniki mais il faut de l'argent pour cela.
L'année dernière, j'ai vécu des moments très difficiles. Deux Françaises d'IVI étaient de passage et mon amie Liouba m'a invitée à venir me faire harmoniser par elles. Cela m'a plu, j'avais le profond sentiment que j'avais besoin de cela. J'ai alors rejoint le groupe de prières Mosaïques, qui se réunit tous les jeudis.
Ce groupe me plaît beaucoup. J'y côtoie des gens qui ont les mêmes recherches que moi. Avec eux, j'apprends à exprimer des choses qui étaient enfouies au fond de moi depuis longtemps. Même avec ma famille j'étais renfermée, je parlais très peu et maintenant je m'exprime beaucoup plus. J'ai un très bon mari qui me soutient dans tout ce que je fais : il veut que j'aille apprendre l’harmonisation en France pour que je puisse ensuite l'harmoniser !
Victoria
Alors qu'ils venaient de finir leurs études, mes parents sont venus à Berezniki pour participer à un chantier komsomol. Ils travaillaient dans l'usine de titane et ils se sont installés ici. Moi aussi, je travaille à l'usine de titane. Je suis en charge du service de sécurité, qui comprend 180 personnes. C'est très difficile de superviser des gens : ils sont facilement agressifs à cause de la dureté de la vie, de la dureté de notre métier aussi. Il faut faire attention à n'offenser personne, mais il faut aussi beaucoup de fermeté pour ne pas se faire marcher sur les pieds ! C'est difficile mais c'est intéressant.
A l'âge de 21 ans, j'ai mis au monde une fille qui a aujourd'hui 21 ans et qui m'a annoncé samedi dernier qu'elle attend un bébé ! Je suis très contente, elle est heureuse avec son ami. Ma fille n'envisage pas de vivre ailleurs qu'à Berezniki : avec son ami ils sont plutôt casaniers et ont besoin de leur famille, d'un entourage connu.
Pourtant Berezniki, c'est un peu le bout du monde ! La gare a été supprimée et l'aéroport de Perm est loin. C''est une région mal considérée en Russie. Il y a deux anciens camps du Goulag dans les environs, les prisonniers étaient déportés là pour travailler dans les mines. Les rescapés des camps sont restés ici et ont fondé une famille. C'est pour cela qu'on trouve aussi beaucoup de personnes d'origine allemande dans la région : ce sont les descendants de prisonniers de guerre. Même la nature est une punition ici, c'est une région rude ! En décembre, le soleil se lève à 10 heures et se couche à 16 heures. La belle saison ne dure qu'un mois, en juillet. Il faut profiter de l'été pour faire des plantations, sinon l'hiver on ne mange pas !
Toute l’année, dans la semaine je travaille beaucoup. Le week-end, je vais au club de fitness, à la messe, je tricote et je vois mes amis. Je m'occupe aussi souvent de mes deux parents qui sont malades. A la messe, j'ai rencontré les filles du groupe Mosaïques qui m'ont invitée à prier avec elles. Puis je me suis fait harmoniser. Cela m'a tellement plu que j'ai ressenti le désir d'apprendre pour pouvoir aider les autres. Je suis au début de ce chemin, c'est quelque chose de très profond et de tellement neuf ! Dans le groupe chacun comprend cette démarche à sa façon. Discuter avec vous nous permet d'approfondir notre compréhension et les relations entre les personnalités très différentes du groupe.
Ma mère, ma fille et mon gendre sont contre ce que je fais à IVI. Je viens de prendre un appartement toute seule car je veux pouvoir recevoir mon groupe chez moi comme je veux et harmoniser qui je veux. Mes copines adorent l'harmonisation ! Auparavant j'habitais avec ma mère mais elle voulait tout contrôler de ma vie. Je me sens maintenant plus libre. Je prie aussi beaucoup car la prière m'aide énormément.
Tatiana
Je suis arrivée à Berezniki avec un groupe de jeunes scientifiques, nous venions tous de finir nos grande entreprise de l'Oural, qui fabrique des engrais. J’aimais beaucoup mon travail ! Il faut savoir que près de Berezniki il y a quatre grandes industries chimiques : les sels de potasse, le titane, la soude et l’azote. On peut dire que Berezniki était la capitale de la chimie en Russie. Les communistes donnaient une grande importance à cette industrie : Khroutchev parlait de la « chimisation » de la Russie pour accroître la puissance du pays.
C'est splendide de naviguer sur la rivière Kama et toute la nature est très riche ici. Mais il y a une telle pollution ! Si vous saviez tous les déchets qu'il y a dans cette rivière… La Kama est le plus gros affluent de la Volga et les problèmes de pollution de la Volga commencent ici. Berezniki a été construite pour les besoins de l'homme mais pas en se souciant de la nature. Pendant la guerre, toutes les usines ont été réinstallées ici, c'était une nécessité. Quand nous étions jeunes, nous ne nous préoccupions pas de tout cela, mais maintenant... Où va-t-on ?
Je peux dire que la perestroïka a correspondu à une perte d'idéal : mes amis étaient des communistes idéalistes mais avec l'âge et l'expérience de la vie, on prend conscience de certaines choses et on change. Il faut dire que tous ces événements ont ramené énormément de gens vers Dieu. Quand nous étions jeunes, nous ne pensions pas à Dieu. Chacun cherche Dieu à sa manière et le chemin vers sa propre vérité est un chemin compliqué !
Pour moi, en août 2006, une amie m’a invitée à prier et j'ai rencontré le groupe Mosaïques à la première réunion, chez Tatiana. Je me suis fait harmoniser mais le plus important en ce qui me concerne, c'est la prière. Les vibrations aussi ont pour moi une vraie signification.
Qu'est ce qu'IVI a changé dans ma vie ? J'ai rencontré des gens qui pensaient comme moi, la relation à Dieu occupe l’esprit de chacun dans le groupe. Ce groupe nous permet de nous rencontrer sur ce dénominateur commun. Lorsque j'entends mes copines de groupe parler, je me dis qu’elles sont en train de formuler mon problème ! Je ne suis plus seule, c'est peut-être la chose la plus précieuse, je marche dans la même direction que mes copines.
